J'ai enfin pu respirer un grand bol d'air vendredi dernier, en allant déjeuner chez Azam, un de nos chauffeurs. C'est avec lui que j'ai effectué mon premier trajet vers Samangan il y a presque deux ans, alors que j'étais depuis peu en Afghanistan. C'est mon premier professeur de dari aussi, enfin en zoologie afghane tout du moins !
Chez lui, ce sont deux pièces tout en haut de la colline, car c'est moins cher. Son village, c'est une colline gangrénée d'ordures, de fumier d'ânes, de squelettes de cerf-volant, remplie d'odeurs nauséabondes, de poussière chargée de... oh, il ne vaut mieux pas savoir. Des constructions un peu de guingois, de bric et de broc, entre lesquelles on ne circule qu’à pieds, sur des bouts d’escalier et des sentiers glissants. C’est une colline toute pourrie, mais c’est la plus belle colline que j’ai vue depuis bien longtemps. Car les moments que j’y ai passés valent toute la verdure du monde.
Azam a une épouse magnifique, aux yeux bleus enfoncés dans des cernes sans âge et au sourire ravageur. Il y cinq enfants, de 3 mois à 12 ans, dont deux blonds aux yeux bleus qui auraient pu être norvégiens ou allemands… Azam et sa tendresse pour sa dernière fille. Azam et ses bras puissants, ses grandes mains, qui massent le nouveau-né, qui le bercent en le lançant en l’air comme une balle de coton. Azam et sa terrasse ouverte aux quatre vents, offrant une vue sur Kabul qui n’a rien à envier aux hôtels de la Côte d’Azur (la mer en moins !). Azam et le cerf-volant qu’on n’arrive pas à diriger. Mon dari hésitant pour poser des questions et répondre aux leurs. Les belles-sœurs qui sont venues tenir compagnie à la « khariji » (l’étrangère), avec qui nous parlons tatouages ! La nourriture délicieuse, « gheza-e-watan », la nourriture du pays : les aubergines à la crème aigre, les « mantou », le riz kabuli et les boulettes kefta… Sahar, deux ans, qui me dit : reste ! Qui me semble si confortable et chaleureuse sur mes genoux. Rahman, trois mois, qui veut bien tenir un peu dans mes bras. La promenade sur les ruines des remparts, et le chadri qu’on reçoit avant de partir. C’est moi qui suis invitée… Et c’est moi qui reçois un cadeau ! De la simplicité, de la gentillesse, du calme, des rires, de l’attention, de la complicité… Voilà mon bol d’air. L’épouse d’Azam m’interpelle alors que je descends déjà le sentier : reviens vendredi prochain ! |